Un projet de plantation annonce des plants mis en terre, un budget et des tonnes de CO2. Le taux de survie, lui, oblige à revenir sur place trois ans, cinq ans, dix ans plus tard, et à compter arbre par arbre. C'est la mesure la plus coûteuse et la plus rare du dossier, donc la première à disparaître des bilans.
Une revue de 176 sites de restauration d'Asie du Sud et du Sud-Est trouve environ 18 % de mortalité la première année et 44 % au bout de cinq ans. Le plus instructif n'est pas la moyenne mais la dispersion : certains sites ne perdent presque rien, d'autres perdent à peu près tout. L'espèce choisie, la saison de plantation, la préparation du sol et l'entretien des deux premières années expliquent l'essentiel de l'écart.
Le 11 novembre 2019, la Turquie plante onze millions de jeunes arbres en une journée et fait homologuer un record du monde de 303 150 plants en une heure. Deux mois plus tard, le syndicat des forestiers annonce que la plupart des plants inspectés sont morts, jusqu'à 90 % sur certains sites, faute d'eau et parce que la saison ne s'y prêtait pas. Le ministère conteste et avance 95 % de survie. Personne n'a tranché publiquement, et c'est déjà l'enseignement : sans comptage indépendant, un record de plantation ne dit rien du nombre d'arbres.
Un plan qui promet dix millions de tonnes stockées les calcule sur les plants payés. À 50 % de survie, le stock réel est divisé par deux, et il arrive plus tard, parce que les survivants mettent des décennies à grossir. C'est le défaut de tous les puits lents : ce qui compte n'est pas ce qu'on met en terre, c'est ce qui est encore debout le jour où on compte.
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