L'atmosphère contient environ 3300 milliards de tonnes de CO2. L'humanité en verse à peu près 42 par an, et l'océan et la végétation en reprennent grossièrement la moitié : il en reste donc une vingtaine qui s'ajoutent au stock, ce qui fait monter la teneur de l'air d'environ 2,5 ppm chaque année. Le stock est le niveau de la baignoire, les émissions sont le robinet, les puits de carbone sont la bonde. C'est le niveau qui réchauffe, pas le débit.
À émissions nulles, le niveau cesse de monter, il ne redescend pas. Les puits continuent d'absorber, mais de plus en plus lentement à mesure que l'écart se réduit, et une part du CO2 relâché aujourd'hui sera encore là dans mille ans. C'est la différence de fond avec le méthane, qui se détruit en une décennie : couper le méthane fait baisser son stock tout seul, couper le CO2 fige seulement le nôtre.
Avant les usines, l'air en contenait environ 2200 Gt. Nous avons donc ajouté un bon millier de gigatonnes au réservoir. Redescendre à 350 ppm, la valeur souvent citée comme confortable, demanderait d'en retirer près de 600, soit quatorze années d'émissions mondiales prises à l'envers. Une usine de capture qui traite un million de tonnes par an est une prouesse industrielle, et il en faudrait six cent mille années de fonctionnement cumulé. C'est la raison pour laquelle un plan qui promet de retirer se juge d'abord sur son ordre de grandeur, et pas sur son principe.
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