Un État côtier décide chez lui jusqu'à 200 milles marins, 370 km, comptés depuis ses lignes de base : c'est sa zone économique exclusive, où il autorise ou refuse la pêche, le forage, les câbles et les fermes en mer. Au-delà, plus rien n'appartient à personne. Cette haute mer représente environ 61 % de la surface de l'océan et plus de 40 % de la surface du globe, et elle commence à quelques heures de navigation d'à peu près partout. Ce n'est donc pas le large, ni le profond, ni le lointain : c'est un statut. On peut être en haute mer par 90 mètres de fond, et dans les eaux d'un État par 4 000.
C'est le piège que la plupart des plans océaniques ne voient pas venir. L'eau relève du régime des libertés de la haute mer, hérité du droit de la mer : liberté de naviguer, de pêcher, de poser des câbles, de faire de la recherche. Le plancher sous cette eau, lui, est un territoire à part, « la Zone », déclaré patrimoine commun de l'humanité et administré par l'Autorité internationale des fonds marins, à Kingston. Poser une ferme d'algues flottante et racler un nodule à la verticale de cette ferme ne relèvent pas du même texte, ni du même guichet.
Il n'y a pas d'administration de la haute mer, il y a une mosaïque : l'Organisation maritime internationale pour les navires, des organisations régionales pour chaque grande pêcherie, l'Autorité des fonds marins pour les minerais, et la convention de Londres pour tout ce qu'on immerge délibérément. C'est cette dernière qui a rattrapé la géo-ingénierie marine : depuis 2008, ses parties ont posé que la fertilisation de l'océan hors recherche scientifique légitime ne devait pas être autorisée, et un amendement de 2013 étend le contrôle aux autres techniques d'intervention. Le seul point d'accroche concret reste l'État du pavillon : c'est la loi du drapeau qu'un navire arbore qui s'applique à bord, donc le vrai régulateur d'un chantier en haute mer.
Adopté en 2023 après près de vingt ans de négociations, il porte un nom qui dit son objet : biodiversité au-delà des juridictions nationales. Avant lui, on savait créer une aire marine protégée dans les eaux d'un pays, pas dans celles de personne, et la haute mer n'était protégée qu'à hauteur de 1 %. Il ajoute quatre choses : des aires protégées opposables, une étude d'impact obligatoire avant les activités notables, un partage des bénéfices tirés des ressources génétiques marines, et un transfert de moyens vers les pays qui n'ont pas de flotte de recherche. Il fallait soixante ratifications pour qu'il entre en vigueur ; elles ont été réunies en 2025.
Un plan qui coule de la biomasse, qui verse du fer, qui broie de la roche ou qui amarre des fermes au-delà des 200 milles ne doit pas dire seulement combien de carbone il retire : il doit dire sous quel pavillon il opère, sous quel instrument il tombe, et qui constate. L'absence d'autorisation à demander n'est pas un raccourci, c'est l'inverse : aucun guichet ne peut valider le procédé, donc aucun ne peut le défendre le jour où un autre État s'y oppose. Et depuis le BBNJ, une opération notable en haute mer doit passer par une étude d'impact, que la plupart des budgets de ces plans n'ont pas provisionnée.
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