émissions évitées

Une tonne évitée n'existe nulle part physiquement : c'est l'écart calculé entre deux mondes, celui du plan et celui sans lui. Une tonne retirée, elle, se lit sur un compteur d'injection. D'où l'asymétrie du classement : deux évitements ne se comparent que sous la même trajectoire de référence.

Le monde qui n'a pas eu lieu

Aucun capteur ne mesure une tonne évitée. On mesure ce qui a été émis, et on le compare à ce qui l'aurait été autrement : le chiffre annoncé n'est donc jamais une mesure, c'est une soustraction dont l'un des deux termes est une hypothèse. La ligne de train n'évite des vols que si les voyageurs prenaient l'avion. Le parc solaire n'évite du charbon que s'il remplace du charbon : s'il remplace du gaz, le même mégawattheure vaut environ 490 grammes de CO2 évités au lieu de 820, presque du simple au double sans qu'une seule vis ait changé.

Trois choses à fixer pour que deux plans se comparent

La trajectoire de référence d'abord : sans elle, chacun choisit le monde alternatif qui l'arrange. Le périmètre ensuite, car la même tonne peut être revendiquée par le pays qui l'accueille et par l'entreprise qui l'a financée, c'est le double comptage. La date enfin : une tonne évitée en 2030 et une tonne évitée en 2050 ne pèsent pas pareil sur un budget carbone qui se vide en continu.

Ce que l'évité a pour lui

L'asymétrie ne veut pas dire que l'évité vaut moins. Tout ce qui existe aujourd'hui à l'échelle de la gigatonne est de l'évité, quand le retrait mesuré se compte encore en millions de tonnes, et l'évité coûte des ordres de grandeur moins cher que la même tonne reprise dans l'air plus tard. Un plan sérieux ne fuit donc pas l'évité : il dit sous quelle référence il le compte, et il accepte que ce soit vérifiable.

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