Les objections qu'on entend vraiment, dites honnêtement, et de quoi y répondre calmement : une réponse courte pour le repas de famille, une réponse détaillée avec ses sources.
C'est vrai, et personne ne le conteste : c'est même en étudiant les climats passés qu'on a compris le rôle du CO2. Ce qui est nouveau, ce n'est pas que le climat change, c'est la vitesse : le réchauffement actuel est environ dix fois plus rapide que la sortie de la dernière ère glaciaire.
Les changements passés avaient des causes identifiées : l'orbite de la Terre, les volcans, l'activité du soleil. Ces causes sont surveillées aujourd'hui, et aucune ne peut expliquer le réchauffement en cours. La sortie de la dernière glaciation a pris environ 5 °C en 10 000 ans ; on vient de prendre plus de 1,3 °C en un siècle et demi.
Le GIEC (AR6, 2021) le chiffre : la température de surface a augmenté depuis 1970 plus vite que sur n'importe quelle autre période de 50 ans depuis au moins 2 000 ans, la dernière décennie est plus chaude que toute période comparable depuis au moins 6 500 ans, et probablement depuis environ 125 000 ans, et la concentration de CO2 est la plus haute depuis au moins 2 millions d'années. Un cycle naturel ne fait pas ça en 150 ans.
GIEC, AR6 WG1, résumé pour décideurs (2021, PDF français) OMM, State of the Global Climate 2024 (2025)
La météo, c'est le temps qu'il fait à un endroit, une semaine donnée ; le climat, c'est la moyenne de toute la planète sur des décennies. Un hiver froid en France est un point local dans une courbe mondiale qui, elle, ne cesse de monter.
Les chiffres mondiaux sont publics et se vérifient en deux clics : 2024 a été l'année la plus chaude jamais mesurée, à environ 1,55 °C au-dessus de la période 1850-1900 (OMM, 2025), et les dix dernières années sont les dix plus chaudes d'un relevé qui remonte à 175 ans.
Un monde plus chaud n'interdit pas les coups de froid, il en change la fréquence : les records de chaleur deviennent nettement plus nombreux que les records de froid. Et la vague de froid citée en contre-exemple couvre en général quelques pour cent de la surface du globe, pendant que le reste est au-dessus des normales.
OMM, State of the Global Climate 2024 (2025) NASA, Vital Signs : Global Temperature
L'effet d'îlot de chaleur urbain existe, il est connu et corrigé depuis des décennies dans les séries climatiques. Surtout, le réchauffement se mesure aussi là où il n'y a aucune ville : dans les océans, par satellite, aux pôles.
La contre-épreuve a été faite par des sceptiques eux-mêmes : le projet Berkeley Earth, lancé par le physicien Richard Muller et financé en partie par des mécènes climatosceptiques, a repris 1,6 milliard de relevés de 39 000 stations en corrigeant tout ce qui pouvait l'être. Résultat (2012) : la même courbe que la NASA et la NOAA, et un effet urbain négligeable sur la tendance mondiale.
Par ailleurs, plus de 90 % de la chaleur accumulée par la planète part dans l'océan (GIEC AR6, 2021), où elle est mesurée par près de 4 000 balises autonomes du réseau Argo, loin de tout parking. Les satellites, qui ne dépendent d'aucun thermomètre au sol, voient la même tendance depuis 1979.
Berkeley Earth (2012) GIEC, AR6 WG1, résumé pour décideurs (2021, PDF français)
Il faut distinguer la banquise, fine couche de mer gelée qui flotte, et la calotte, l'énorme stock de glace posé sur le continent. La calotte antarctique perd de la masse, et c'est elle qui fait monter la mer.
Les satellites gravimétriques GRACE puis GRACE-FO pèsent littéralement les calottes : l'Antarctique perd en moyenne environ 140 milliards de tonnes de glace par an depuis 2002, et le Groenland environ 270 (NASA). Une banquise qui s'étend un hiver ne compense pas ça ; en fondant, elle ne fait de toute façon pas monter la mer, elle flotte déjà.
Le paradoxe apparent a une explication simple : un air plus chaud transporte plus d'humidité, donc il neige davantage sur l'Est antarctique, pendant que l'Ouest perd sa glace par les glaciers côtiers. C'était prévu par les modèles. Quant à la banquise antarctique, elle a battu son record bas absolu en 2023.
NASA, Vital Signs : Ice Sheets (GRACE-FO)
Le soleil est bien le moteur du climat, c'est pour ça qu'on le surveille par satellite depuis les années 1970. Or son activité est stable ou en légère baisse depuis quarante ans, pendant que la température monte : ce n'est pas lui.
Le GIEC (AR6, 2021) a fait les comptes pour la période 1850-1900 à 2010-2019 : l'activité humaine a réchauffé la planète d'environ 1,07 °C, quand l'ensemble des facteurs naturels, soleil et volcans compris, pèse entre -0,1 et +0,1 °C.
Il y a aussi une empreinte qui ne trompe pas : si le soleil chauffait davantage, toute l'atmosphère se réchaufferait, de bas en haut. On observe l'inverse : la surface chauffe et la stratosphère se refroidit, exactement ce que prédit l'effet de serre, qui retient la chaleur près du sol.
GIEC, AR6 WG1, résumé pour décideurs (2021, PDF français)
C'est l'inverse, et de très loin : l'ensemble des volcans du monde, sous-marins compris, émet en un an ce que l'humanité émet en trois ou quatre jours. C'est mesuré, notamment par l'institut géologique américain.
L'USGS estime les émissions volcaniques mondiales entre 0,18 et 0,44 milliard de tonnes de CO2 par an. Les activités humaines en ont émis environ 37,4 milliards de tonnes pour la seule année 2024 (Global Carbon Budget), soit à peu près cent fois plus.
Les grandes éruptions refroidissent d'ailleurs la planète à court terme : les aérosols du Pinatubo (1991) ont fait baisser la température mondiale d'environ 0,5 °C pendant un an. Et le CO2 ajouté à l'atmosphère depuis 1850 porte la signature isotopique du carbone fossile, pas celle du carbone volcanique.
USGS, volcans ou activités humaines ? Global Carbon Budget 2024
Une petite proportion peut avoir un grand effet : c'est le propre d'un thermostat. Sans les gaz à effet de serre, il ferait environ -18 °C en moyenne sur Terre au lieu de +15 °C : ces « traces » pèsent déjà 33 degrés.
Les deux gaz qui composent 99 % de l'air, l'azote et l'oxygène, sont transparents au rayonnement infrarouge : ils ne retiennent aucune chaleur. Tout le travail d'isolation repose sur les gaz traces, vapeur d'eau et CO2 en tête. Cette physique se mesure en laboratoire depuis John Tyndall, en 1859.
Et cette petite proportion a beaucoup bougé : de 280 ppm avant l'ère industrielle à plus de 420 ppm aujourd'hui (NOAA, mesure continue au Mauna Loa depuis 1958), soit une hausse de 50 %. La Terre n'avait pas connu ce niveau depuis au moins 2 millions d'années (GIEC AR6, 2021).
NOAA Global Monitoring Laboratory, tendances CO2 GIEC, AR6 WG1, résumé pour décideurs (2021, PDF français)
La première moitié est vraie : la NASA a mesuré un verdissement d'une bonne partie des terres, attribué au CO2 pour environ 70 %. Mais une plante a aussi besoin d'eau et de températures supportables, et le même réchauffement les lui retire.
Sur le terrain, le bilan net est déjà négatif : le changement climatique d'origine humaine a fait perdre l'équivalent de 21 % de croissance de la productivité agricole mondiale depuis 1961 (Ortiz-Bobea et al., Nature Climate Change, 2021), soit sept années de progrès effacées, surtout dans les pays déjà chauds.
Autre revers : cultivées sous CO2 élevé, les céréales deviennent moins nourrissantes. Blé et riz perdent de l'ordre de 3 à 10 % de protéines, de fer et de zinc (Myers et al., Nature, 2014). L'effet engrais du CO2 sature avec la dose ; les canicules et les sécheresses, non.
NASA, Carbon Dioxide Fertilization Greening Earth (2016, d'après Zhu et al., Nature Climate Change) Ortiz-Bobea et al., Nature Climate Change (2021) Myers et al., Nature (2014)
Prévoir le temps de mardi et prévoir une moyenne sur trente ans sont deux problèmes différents : personne ne sait quel jour tombera la prochaine canicule, mais on sait dire que les étés seront plus chauds. Et les anciens modèles se notent sur pièces : leurs projections d'il y a trente ou cinquante ans se comparent à ce qui s'est réellement passé.
L'exercice a été fait (Hausfather et al., Geophysical Research Letters, 2020) sur 17 modèles publiés entre 1970 et 2007 : une fois prises en compte les émissions réellement advenues, 14 sur 17 collaient à la température observée ensuite. Même les modèles internes d'ExxonMobil (1977-2003) étaient justes : 63 à 83 % de leurs projections se sont vérifiées (Supran et al., Science, 2023).
Les modèles ont aussi annoncé d'avance des choses qu'on a ensuite observées : le refroidissement de la stratosphère, le réchauffement plus rapide de l'Arctique, la baisse temporaire après l'éruption du Pinatubo. Un outil qui prédit juste des effets non triviaux, des décennies à l'avance, mérite mieux que « ils se trompent tout le temps ».
Hausfather et al., GRL (2020) Supran, Rahmstorf et Oreskes, Science (2023)
Sur la réalité du réchauffement et son origine humaine, le débat est tranché depuis des années : plus de 99,9 % des études publiées qui prennent position concluent dans le même sens. Les vraies controverses scientifiques portent sur le combien et le comment, pas sur le si.
La mesure la plus récente (Lynas et al., Environmental Research Letters, 2021) a examiné un échantillon de 3 000 articles tirés des 88 125 études climatiques publiées depuis 2012 : plus de 99,9 % de celles qui se prononcent attribuent le réchauffement à l'activité humaine. Les rapports du GIEC, eux, sont approuvés ligne à ligne par 195 États, pays pétroliers compris.
Ce qui se discute réellement dans les revues : la sensibilité exacte du climat (le GIEC retient une fourchette probable de 2,5 à 4 °C par doublement du CO2), le rythme de montée des océans, le rôle fin des nuages. Aucune de ces controverses ne porte sur l'existence ou la cause du réchauffement.
Lynas et al., ERL (2021) NASA, Scientific Consensus
Oui, la science s'est déjà trompée, et à chaque fois c'est la méthode scientifique qui l'a corrigée : de meilleures mesures, publiées et reproduites, jamais une opinion. Ici, plus de 125 ans de mesures n'ont fait que renforcer l'hypothèse de départ au lieu de l'affaiblir.
L'effet de serre du CO2 est calculé par Arrhenius dès 1896. Depuis, chaque génération d'instruments, ballons, satellites, bouées océaniques, carottes de glace, a confirmé le tableau. Les grands renversements de consensus (la tectonique des plaques, l'ulcère bactérien) sont venus de preuves nouvelles qui expliquaient mieux les données ; le climatoscepticisme n'a produit aucune théorie qui explique ce qu'on observe.
Détail piquant : les entreprises qui avaient le plus intérêt à ce que ce soit faux ont vérifié par elles-mêmes. Les projections internes d'ExxonMobil, entre 1977 et 2003, se sont révélées aussi précises que celles des laboratoires académiques (Supran et al., Science, 2023). Quant à Galilée, il avait les mesures pour lui contre l'institution ; aujourd'hui, les mesures sont du côté du consensus.
Supran, Rahmstorf et Oreskes, Science (2023) NASA, Scientific Consensus
C'est surtout la presse de l'époque qui l'annonçait ; la littérature scientifique disait déjà l'inverse. Recomptage fait : entre 1965 et 1979, 7 études prévoyaient un refroidissement, 44 un réchauffement.
Le recomptage est publié (Peterson, Connolley et Fleck, Bulletin of the American Meteorological Society, 2008) : sur la période 1965-1979, 44 études projetaient un réchauffement, 20 étaient neutres, 7 penchaient pour un refroidissement. L'hypothèse froide reposait sur les aérosols industriels, qui refroidissent réellement ; les lois antipollution les ont réduits, et l'effet du CO2 a dominé, comme anticipé.
Dès 1979, le rapport Charney de l'Académie des sciences américaine estimait qu'un doublement du CO2 réchaufferait la planète de 3 °C, à 1,5 °C près. C'est encore, à peu de chose près, la fourchette du GIEC quarante-cinq ans plus tard. Difficile de faire plus constant.
Si « peser moins de 2 % » dispensait d'agir, alors les pays dans ce cas, qui totalisent ensemble plus du tiers des émissions mondiales, seraient tous dispensés, et rien ne bougerait jamais. Et la Chine est loin de ne rien faire : elle installe plus de solaire et d'éolien que le reste du monde réuni.
Les ordres de grandeur (Global Carbon Budget, 2024) : la Chine émet environ 31 % du CO2 fossile mondial, les États-Unis 13 %, l'Inde 8 %, la France moins de 1 %. Mais en cumulé depuis 1850, ce qui compte pour le climat car le CO2 y reste des siècles, les États-Unis et l'Europe pèsent ensemble autour de 40 %, la Chine autour de 15 %. Et par habitant, un Chinois émet aujourd'hui environ 9 tonnes de CO2 par an, un Français environ 4,5 tonnes sur le sol national, davantage en comptant ce qu'il importe.
Environ la moitié de l'empreinte carbone française vient justement des importations : une partie des émissions « chinoises » fabrique nos téléphones et nos meubles. Chaque tonne évitée a le même effet sur le climat, qu'elle soit évitée à Paris ou à Shanghai, et l'accord de Paris repose précisément sur le fait que chacun bouge sans attendre que l'autre commence.
Global Carbon Budget 2024 Our World in Data, CO2 emissions Haut Conseil pour le Climat, Maîtriser l'empreinte carbone de la France (2020)
Bonne nouvelle : celle-là, tu peux la vérifier toi-même, sans satellite, sans gouvernement et sans nous croire sur parole. Un savant grec y est arrivé il y a 2 200 ans avec deux bâtons et une ombre.
Vers 240 avant notre ère, Ératosthène compare à midi l'ombre d'un bâton à Syène et à Alexandrie, et en déduit la circonférence de la Terre à quelques pour cent près, selon la longueur exacte qu'on prête à son unité, le stade. À ta portée aussi : un bateau qui s'éloigne disparaît coque d'abord ; l'ombre de la Terre sur la Lune, à chaque éclipse, est toujours ronde ; quand il est midi à Paris, il fait nuit à Sydney, ce qu'aucun disque éclairé uniformément ne sait faire ; et les vols directs de l'hémisphère sud, comme Santiago-Sydney, n'ont un sens que sur un globe.
Pour les images : le satellite DSCOVR photographie la Terre entière plusieurs fois par jour, et la NASA publie chaque cliché (caméra EPIC). Si cette réponse est sur un site consacré au climat, c'est parce que la méthode est la même partout : ne pas croire, vérifier, remonter aux mesures. C'est exactement l'esprit de cette page.